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Non-recours aux aides étudiantes : et si l'on pouvait identifier en amont les étudiants qui n'activent pas leurs droits ?

Publié par Frank Savann

Le non-recours n'est plus un phénomène marginal

Le système français d'accompagnement des étudiants est riche de nombreux dispositifs : bourses sur critères sociaux, aides au logement, aides à la mobilité, aides alimentaires, aides spécifiques, aides territoriales ou encore dispositifs liés à la santé.

Pourtant, l'existence d'un dispositif ne garantit pas son utilisation effective.

Depuis plusieurs années, plusieurs rapports publics convergent vers un même constat : l'accès aux droits demeure un enjeu majeur pour une partie de la population étudiante.

La Cour des comptes, l'Inspection générale de l'Éducation, du Sport et de la Recherche (IGÉSR) et plusieurs travaux de la DREES mettent en évidence un phénomène désormais bien identifié : la complexité des parcours administratifs, la multiplicité des acteurs et la dispersion de l'information favorisent les situations de non-recours.

Le sujet ne relève pas d'une défaillance individuelle des étudiants. Il s'agit d'un phénomène structurel.

 

Une accumulation de petites barrières

Le non-recours est rarement le résultat d'une seule difficulté.

Il résulte souvent d'une accumulation de freins :

  • méconnaissance des dispositifs existants ;
  • temporalités administratives différentes ;
  • multiplicité des interlocuteurs ;
  • difficulté à estimer les bénéfices attendus ;
  • manque de visibilité sur les conséquences financières d'une démarche.

 À cela s'ajoute une autre difficulté : la vie étudiante est désormais faite d'arbitrages permanents.

Logement, mobilité, alimentation, emploi salarié, alternance, aides sociales et réussite académique sont devenus interdépendants.

Or ces sujets sont encore trop souvent traités séparément.

 

Une question de ciblage autant que d'information

Une politique publique efficace ne consiste pas seulement à informer l'ensemble des étudiants.

Elle consiste également à mieux identifier les situations susceptibles de conduire au non-recours.

Cette logique est déjà utilisée dans de nombreux domaines de l'action publique : prévention sanitaire, insertion professionnelle ou accompagnement social.

La question mérite désormais d'être posée dans l'enseignement supérieur.

Peut-on identifier suffisamment tôt les situations de fragilité financière avant qu'elles ne produisent leurs effets ?

 

Une piste complémentaire : mesurer la soutenabilité financière des parcours

C'est précisément sur cette question que s'inscrit la démarche méthodologique développée par My Study Budget.

L'objectif n'est pas de se substituer aux dispositifs publics existants.

Il consiste à rendre plus visible la trajectoire financière d'un projet d'études.

Cette approche permet de mettre en relation des informations aujourd'hui dispersées :

  • coût réel des études ;
  • situation de logement ;
  • mobilité ;
  • aides potentiellement mobilisables ;
  • recours à l'alternance ;
  • besoins de financement complémentaires.

 L'intérêt n'est pas seulement descriptif. Il est préventif.

Un outil de mesure de la soutenabilité financière pourrait progressivement contribuer à identifier les situations présentant un risque accru de non-recours.

 

Une nouvelle logique : passer d'une politique de réparation à une politique d'anticipation

Pendant longtemps, les politiques de soutien intervenaient après l'apparition des difficultés.

La question qui se pose aujourd'hui est différente.

Peut-on agir avant que l'étudiant ne renonce à une aide, à une mobilité, à une formation ou à une inscription ?

L'enjeu n'est pas de créer de nouveaux dispositifs.

L'enjeu est de rendre les dispositifs existants plus accessibles et plus mobilisables.

À terme, la soutenabilité financière des études pourrait devenir un nouvel objet de coopération entre établissements d'enseignement supérieur, acteurs publics, collectivités territoriales et organismes d'éducation financière.

Car une aide n'a de valeur que lorsqu'elle est effectivement activée.

Références indicatives

  • Cour des comptes, Universités et territoires (2023)
  • IGÉSR, Le réseau des œuvres universitaires et scolaires : bilan et perspectives (2023)
  • DREES, travaux sur le non-recours aux prestations sociales
  • Working Paper MSB n°1 (2026)

 

 

A propos de l'auteur

Frank Savann

Co-auteur de "Financer sa formation", chargé d'enseignement à l'université Paris 1 Panthéon Sorbonne, Frank Savann est consultant pour des entreprises et des établissements de l'enseignement supérieur sur l'ingénierie et le financement de projet de développement des compétences. Il intervient aussi comme conseil en financement auprès de professionnels souhaitant enrichir leur cursus d'un parcours diplômant en Executive Education.

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